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11月5日 L'offre et la demandeTirée du Quartier Libre, journal de l'UdeM, Vol. 14, #4, 11 octobre 2006
Auteur: Paul Therrien
L'offre et la demande
Les coupes budgétaires du gouvernement Harper annoncées le 25 septembre dernier ne devraient pas nous surprendre. L'an passé lorsque les libéraux confirmaient la possibilité d'une accumulation de 50 milliards $ en surplus au cours des cinq prochains cycles budgétaires, les conservateurs n'ont pas hésité à montrer leur vraies couleurs: 100% de cet argent ira aux réductions d'impôts et au service de la dette sous un gouvernement Harper. Tel que promis, prétextant éliminer des programmes ''ruineux'', le gouvernement a enligné les ressources financières sur les ''priorités''. ''Nous coupons dans le gras, et nous recentrons les ressources financières en fonctions des grandes priorités des Canadiennes et des Canadiens'', a justifié le président du Conseil du Trésor, John Baird.
La priorités des Canadiens, selon les conservateurs? L'élimination de la dette et la luttre contre la criminalité! On a donc choisi de couper dans les programmes qui combattaient l'analphabétisme, le tabagisme, l'injustice envers les femmes et les minorités. Semblerait que remplir le fossé numérique qui frappe les citoyens en régions éloignées, protéger l'environnement et la formation des jeunes professionnels soit hors du champ de nos ''priorités'', aussi. Et ce n'est qu'un début. Afin de respecter ses engagements de réduction d'impôts, le gouvernement Harper coupera un autre 22 milliards $ dans le budget de ses ministères au cours des prochaines années. Pendant ce temps, le Canada a encore chuté dans le palmarès des pays les plus compétitifs, selon le Forum économique mondial (FEM), passant de 5e à 16e parmi les pays riches depuis 1999. Fait marquant: neuf des quinze pays qui nous devancent collectent plus de taxes et d'impôts que nous. Les critères du FEM pour mesurer la vigueurs d'une économie sont la capacité à être créative, efficiente et à innover. Et ce n'et pas un hasard que les pays qui innovent demeurent ceux qui investissent le plus dans l'éducation. Ici, depuis 1993 on a vu les budgets du fédéral envers l'éducation chuté de 20%... De toute évidence, avec pour preuve ses récentes copures, la vision à court terme et l'aveuglement idéalogique empêchent le gouvernement Harper de servir les véritables intérêts des Canadiens.
Le règne de l'offre
L'économie n'a rien d'une science pure. Au mieux, c'est un champ des sciences humaines qui utilise les mathématiques un peu plus que les autres, qui sert de guide dans nos choix de politiques. Au pire, c'est un ramassis de théories basées sur des suppositions non fondées, converties en claculs impénétrables afin d'imposer des décisions purement idéalogiques. La théorie économique classique est plus une oeuvre d'art basée sur des intuitions , des hypothèses et des préjugés que sur le résultat de calculs infaillibles. Un peu à la manière de l'église lors de l'âge des ténèbres envers les paysans analphabètes, les économistes ont longtemps prêchés ''l'équilibre naturel'' du système en place aux masses qui ne comprennent rien à leur ''science''.
Depuis plus d'un siècle, nos élus ont flirté avec deux grands courants du capitalisme: le système keynésien et l'économie de l'offre. Le premier veut que l'État, par son implication dans le marché en ajustant la fiscalité, soit en mesure de contrôler le chômage et de garder un couvercle sur l'inflation. Les apôtres de l'économie de l'offre, les ''supply-siders'' selon le jargon, affirment que le gouvernement ne devrait pas intervenir dans les opérations du marché, mais plutôt investir dans l'industrie militaire et redistribuer les impôts vers les riches. En trente ans nous avons assisté à l'irrésistible montée des idéalogies de l'offre: les grands producteurs ont réussi leurs visées hégémoniques dans nos parlements. Ainsi, nous avons au Québec et au Canada des élus qui ne jurent que par la réductions d'impôts, l'État minimal et l'intégration de notre économie dans le marché (riche en contrats militaires) américain.
Une des théories loufoques des ''supply-siders'' est la courbe Laffer qui a tenté de démontrer qu'à partir d'un certains montant, les prélèvements obligatoires incitent les contribuables à réduire leur activités ou à frauder. L'idée mise en avant par cette théorie non fondée est qu'un taux d'imposition moins élevé augmente les revenus de l'État, car les personnes et les entreprises verront leur motivation à travailler et à innover monter en flèche avec chaque dollar qui restera dans leur poche. Or, les données indiquent tout le contraire. En 20 ans d'allègement fiscal, les grandes entreprises canadiennes laissent des profits records dormir dans leurs comptes et n'investissent presque rien à l'innovation de nouvelles technologies, de nouveaux produits; preuve que la théorie basée sur des suppositions ne vaut pas grand chose. Il serait temps de quitter les suppositions et de revenir à une économie de la demande plutôt que celle où l'on endure ces offres venant de haut.
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